Mme Marsan se leva et, souriant d’un air gracieux, vint se placer sur un siège plus proche de l’inventeur. Elle avait donc réfléchi sur sa propre maladresse? Comme il était sous l’influence d’une prévention, Robert trouva maintenant quelque chose d’exagéré dans la politesse qu’elle lui témoignait.

—Nous pouvons parler, dit-elle à voix basse. Ce n’est pas encore, malheureusement, le sommeil de la santé. C’est un accablement plus profond. Pauvre ami!...

—Il a dormi tout le temps de mon absence? demanda Robert.

—Tout le temps. Et ça va bien, là-bas, à l’usine?

—Comme sur des roulettes. On travaille ferme. Et tout ce monde-là ne pense qu’à lui. Ah! il est sincèrement aimé.

—Il le mérite bien. Mais lisez votre journal, monsieur Dalgrand. Tenez, moi aussi, j’ai ma lecture.

Elle lui montra un roman commencé. Ils échangèrent encore quelques réflexions sur le sujet et sur l’auteur, puis Sabine se renversa contre le dossier de son fauteuil et éleva le livre, derrière lequel son visage disparut. Robert ne voyait plus que ses deux mains allongées et pâles, qui soutenaient le volume.

Lui-même s’absorba dans la politique. Mais, de temps à autre, la blancheur de ces mains sur la reliure foncée l’attirait, et il relevait les yeux.

Tout à coup il se pencha vers elle, frappé par une remarque: