Bien vite elle expliqua:
—Cela lui aurait fait de la peine... l’aurait impressionné comme un présage. Quand il sera guéri, je lui dirai.
Un doute ironique pointait dans les yeux de Robert.
—Pourquoi me regardez-vous comme cela? interrogea Sabine avec un air de hauteur. Si vous ne me croyez pas, allez regarder dans cette bonbonnière, là, vers le milieu de cette vitrine. Vous y trouverez la bague.
Il le fit comme elle le lui disait, poussé par un sentiment irrésistible, qui supprimait toute galanterie, et presque toute politesse,—car il semblait douter de sa parole. Dans la bonbonnière, il trouva l’anneau d’or, avec la doublure du chaton, toujours entourée par la guirlande en marcassites. Mais, de la miniature, il ne restait qu’un fragment encore solidement encastré dans la monture. En examinant l’objet avec attention, il remarqua que l’anneau, pourtant ancien et massif, était déformé, faussé, et le chaton bossué.
—Diable! murmura-t-il, avec un ton plein d’une méfiance voulue, il a fallu un fameux choc!...
Instinctivement il se sentait sur la piste de quelque petit mystère féminin. Aussi, quoiqu’il n’y attachât guère d’importance, il s’amusait, par malice, à prendre des airs soupçonneux et à poser sur Sabine des regards capables de troubler la conscience la plus pure. A son grand étonnement, il la vit se lever, et marcher vers lui avec une telle expression de fureur mêlée d’effroi qu’il en fit un pas en arrière.
—Rendez-moi cette bague! dit-elle.
Il la lui tendit tout de suite. Et aussitôt il en eut du regret, en constatant la surprise et la joie mal dissimulées de Mme Marsan. Une détente se produisit en elle. Sa main, crispée sur le bijou, s’enfonça dans sa poche. Mais, en même temps, elle essaya de rire.