—Allons! reprit-elle, vous feriez un mauvais juge d’instruction. Ne vous essayez plus à jouer ce rôle-là.
«Un juge d’instruction!...» Le mot eut un retentissement tragique dans l’esprit de Robert. Cette bague avait donc un rapport quelconque avec le crime?... Ce n’est pas le hasard qui fait monter aux lèvres certaines syllabes à certains moments décisifs. En ce jour, et à Villenoise, on ne parlait pas de juge d’instruction sans songer au drame qui occupait toutes les pensées. Une femme comme Sabine n’aurait pas fait une plaisanterie pareille, si quelque impulsion venue des profondeurs mêmes de son âme ne l’eût poussée à prononcer cette phrase.
«J’en aurais su davantage,» se dit Robert, «si j’avais feint de garder cette bague. La crainte que je m’en emparasse a fait perdre la tête à cette impérieuse créature, quand elle a vu que j’examinais le bijou de trop près. Elle a peur que je ne soupçonne quelque chose... Et, de fait, je soupçonne beaucoup... Mais quoi?... dans quel sens?... dans quel ordre d’idées?... Je serais bien embarrassé de le dire. J’ai pourtant un jalon maintenant. L’accident arrivé à cette bague coïncide certainement avec le coup de revolver tiré sur mon pauvre ami. Partons toujours de là. Nous arriverons peut-être à un résultat que Mme Sabine elle-même ne saurait pas découvrir.»
Justement ce soir-là, comme Vincent se trouvait mieux, après son long sommeil, il supplia sa chère garde-malade de consentir à prendre enfin un repas régulier, à descendre dîner avec Robert. Elle fit moins de façons qu’il ne s’y attendait. Et, comme elle montrait même de la gaieté, presque une nuance de coquetterie, le malade se mit à les taquiner tous les deux, s’accusant d’imprudence, prenant plaisamment ombrage du tête-à-tête qu’il provoquait lui-même.
—Ah! enfin... s’écria-t-elle. J’entends votre bon rire. O Dieu!... J’ai eu tellement peur de ne plus jamais...
Un sanglot lui coupa la parole. Elle se pencha vers son amant... Et—tandis que, par discrétion, Robert s’éloignait—les bras amaigris du blessé enveloppèrent le buste fin qui touchait sa poitrine.
—Chère Sabine!... Ma chère femme!
—O mon Vincent!...