—Oh! le fat, riposta son ami du même ton. Toi, beau?... Par exemple!... J’aime mieux regarder Mme Sabine.

—Tiens!... dit Vincent. Et l’embrasser peut-être... Allons, vas-y, je te le permets.

Robert effleura galamment de sa moustache la poudre de riz si habilement étendue sur la joue de Mme Marsan. Puis tous trois se mirent à échanger des taquineries sans prétention, des drôleries niaises, tous les enfantillages par où le cœur et l’esprit se détendent, après les grands travaux et les grandes anxiétés.

Un domestique vint demander si M. le juge d’instruction, avec son greffier, pouvait être reçu par M. de Villenoise.

On les fit entrer. Le magistrat prit un siège tout près du malade. Le greffier s’assit à une petite table, que l’on débarrassa de plusieurs bibelots pour qu’il pût écrire. Aussitôt M. de Villenoise demanda la permission pour Mme Marsan et pour son ami Robert d’assister à l’entretien. Le juge connaissait déjà ces deux personnes. Il acquiesça avec un empressement poli.

Dès le début de la séance, les facultés observatrices de Dalgrand s’aiguisèrent en face d’un tout petit fait. Il observa que Sabine s’asseyait derrière le juge et à contre-jour.

«Décidément,» se dit-il, «elle a quelque chose à cacher,—quelque chose que je dois et que je veux surprendre. Mais, mon Dieu! quel rapport peut-il y avoir entre un secret de cette femme, qui tient à Vincent plus qu’à sa propre vie, et le crime qui a failli le lui enlever?»

Il se plaça lui-même de façon à l’observer le mieux possible. Mais à peine était-il assis, qu’elle vira d’un mouvement imperceptible, et, posant son coude sur le bras de son fauteuil, du côté de Robert, elle y appuya sa tête de sorte qu’il ne vît plus son visage.

«Oh! oh! ma belle,» pensa-t-il. «C’est donc sérieux?... Nous avons donc vraiment peur?»

M. de Villenoise raconta au juge tout ce qu’il savait de l’attentat dirigé contre sa personne. C’était peu de chose. Et cependant il avait aperçu l’assassin.