—Il nous est défendu de stationner ici, dit le cocher.
—Où se mettent les voitures qui viennent attendre les voyageurs?
—Là, fit le cocher, lui montrant une victoria postée perpendiculairement au trottoir du café.
—Eh bien, mettez-vous là, mais aussi près que possible de la gare, ordonna Dalgrand.
Le cocher prit l’air désobligeant qu’adoptent ses pareils pour se conformer à une indication dont ils ne comprennent pas le but. Mais il obéit. Dalgrand remonta dans la voiture à côté de Gilberte.
—Ne bougez pas, dit-il. Restez bien enfoncée dans votre coin. Là!... Vous n’avancerez la tête que lorsque je vous le dirai.
Puis, soulevant le petit volet de drap sur le carreau derrière lui, Robert se mit à guetter avec une attention profonde.
L’inventeur avait eu beaucoup de peine à combiner la rencontre qu’il espérait obtenir aujourd’hui. Plusieurs fois ses plans avaient manqué. Puis, enfin, il avait décidé Sabine non seulement à faire le voyage de Paris, mais à convenir d’avance avec lui du train qu’elle reprendrait. Depuis quelque temps il avait reconquis la confiance de Mme Marsan. Elle voyait en lui presque un allié. En tout cas, elle le ménageait et le flattait, à cause de l’influence qu’il avait sur Vincent. Aussi lorsque, la veille, il lui avait proposé un rendez-vous à la gare pour retourner ensemble à Villenoise, elle avait tout de suite accepté.
—Seulement, avait-il dit, si vous ne me voyez pas dans la salle d’attente quand on ouvrira les portes, ne m’attendez pas. C’est que je me trouverai retenu par quelque affaire.