—Parfaitement, avait-elle dit. Tâchez d’être exact. Moi je n’y manquerai pas.

C’était la première fois qu’elle quittait Vincent pour une aussi longue absence. Le jeune homme était maintenant guéri. Cependant Dalgrand connaissait trop Sabine pour penser qu’elle laisserait désormais M. de Villenoise s’habituer à ne plus la voir autour de lui, et qu’elle l’abandonnerait à lui-même plus de quelques heures à la fois. Il était donc bien sûr qu’elle ne manquerait pas son train.

Cependant l’instant du départ approchait. Robert, en proie à cet énervement spécial que cause l’attente, regardait tantôt l’aiguille du gros cadran, là-haut en l’air, tantôt les fiacres entrant dans la cour. Il guettait surtout ceux qui venaient par la rue de Rome, car c’était le chemin de Sabine en arrivant de Passy. Le plus grand nombre étaient découverts, ce qui favorisait son examen. En effet, on n’était pas encore à la mi-octobre, le temps restait beau, et très peu de voitures fermées circulaient. Quand les fiacres dépassaient la grille de la gare, ils se mettaient au pas, suivant le règlement. Et Dalgrand dévisageait à loisir les voyageurs qui s’approchaient.

Toutefois nul visage ne ressemblait à ce beau visage impérieux dont il attendait l’apparition.

Contrarié, il levait encore une fois les yeux vers l’horloge quand, tout à coup, il sentit les mains de Gilberte se crisper sur son bras. Malgré l’anxiété de son attente, il se retourna vivement. Ce fut pour constater la pâleur et l’effroi répandus sur la figure de sa belle-sœur. Les traits de la jeune fille étaient décomposés.

—Oh! murmura-t-elle, l’homme!...

Puis tout de suite:

—C’est une dame!... Oh!... Mon Dieu!...

Dalgrand comprit en un éclair. Il suivit le regard de Gilberte, et, dans un fiacre s’arrêtant au ras du trottoir, il reconnut Sabine.