Robert secoua lentement la tête.
—Il vous pardonnerait s’il vous aimait, dit-il.
Cette phrase fit l’effet d’un coup de massue. Les yeux altiers de Sabine se noyèrent, s’effarèrent comme ceux d’une bête blessée à mort.
—Oh! gémit-elle, si vous me percez faussement d’un tel doute, vous êtes plus criminel que moi!... Non, quoi que j’aie fait, on n’a pas le droit de frapper ainsi une pauvre femme!
A cet accent de douleur, une pitié traversa le cœur de Robert. Cependant il devait aller jusqu’au bout. Se rappelant cette «cruauté» ignorée dont s’était accusé Vincent, il reprit:
—Ne vous a-t-il donc jamais avoué le véritable état de son cœur?
Sabine murmura:
—Il est revenu à moi depuis.
—Depuis?... répéta Robert. Puis sur une autre intonation, il ajouta:—Depuis... l’accident?...
Une lumière éclatait dans sa tête. Il comprenait maintenant le plan désespéré conçu par Sabine pour reconquérir M. de Villenoise. Non, elle n’avait pas voulu le tuer, pas même le blesser aussi grièvement, sans doute... La malheureuse femme lui fit moins horreur. Ce fut avec un imperceptible attendrissement dans la voix qu’il reprit: