«Oui, l’homme, le misérable criminel que tu as vu bondir sur les rochers, c’était moi! Je me suis montrée exprès,—sûre, par mon costume, d’égarer tes soupçons. En haut, dans un fourré, j’avais laissé une jupe, un chapeau de femme et une mante de soie, avec lesquels j’étais venue. J’ai rapidement passé tout cela sur mes vêtements masculins. Mais j’ai jeté dans le Puits du Diable mon petit revolver—celui à crosse de nacre avec mon chiffre en or—et mon feutre d’homme roulé autour d’une pierre. Je savais que ces deux objets tomberaient tout au fond, par l’étroite ouverture, là où se resserre le puits, et qu’ils seraient hors de portée, à moins qu’on ne minât le roc.
«Maintenant, tu sais tout, Vincent. Tu es guéri, ma mort te rend libre... Tu vas être heureux... Oh! ne me chasse pas entièrement de ton cœur. Donne-moi ce pardon que je te demande!
«Si un élan de miséricorde, si peut-être même un dernier frémissement de tendresse pour la pauvre créature qui s’en va, te dicte ce pardon, accorde-moi une suprême grâce, écris-le sur ma tombe. Fais inscrire sur une petite plaque de marbre: «Elle repose pardonnée.» Il me semble qu’éternellement, à travers la pierre, je l’entendrai. Et je pourrai y croire. On ne ment pas aux morts.
«Tu feras cela. J’en suis sûre. Tu es si bon, Vincent!... Et cette pensée adoucit en moi l’atroce douleur de savoir que désormais tu seras heureux par une autre.
«Adieu, et pardon! Je t’aime.
«Sabine.
«Je te prie de me faire enterrer dans le petit cimetière du village près duquel j’ai vécu cet été.»