Un jour, Gilberte, après beaucoup d’hésitations, pria Vincent de la conduire visiter la tombe de Sabine.

La jeune femme avait depuis longtemps appris par son beau-frère les moindres détails de la triste histoire, et même elle avait lu la lettre de la morte.

M. de Villenoise accueillit sa requête avec étonnement. Cependant, réflexion faite, il consentit.

Par une matinée splendide, tous deux partirent à cheval, à travers bois, se rendant au petit cimetière. Le groom tint leurs montures à la grille. Ils entrèrent.

C’était un de ces endroits adorables et mélancoliques, où, dans les très humbles campagnes, la mort se montre d’une bonhomie si douce et d’une si naïve coquetterie. Un fouillis de fleurs. Des rosiers, jadis plantés par des mains pieuses, mais qu’on a cessé d’émonder, et qui maintenant envahissent tout. Des herbes hautes, cachant la forme étroite et allongée des monticules funèbres. De larges marguerites, de petits œillets sauvages, des scabieuses aux tons fins, et, de place en place, les nobles hampes de roses trémières. On ne distinguait pas les sentiers. Grâce aux croix seulement, on évitait de marcher sur les tombes.

Mais, au milieu de toute cette verdure et de ces couleurs, un espace d’une crudité blanche attira et choqua l’œil de Gilberte.

Elle s’approcha, éblouie par cet éclat de marbre sous le ciel d’un bleu dur, dans la pluie aveuglante de lumière.

Une grille dorée l’arrêta. Et elle resta en contemplation devant la tombe de Sabine.

A deux pas derrière elle, M. de Villenoise, gêné, restait les yeux à terre, tête nue sous la brûlure du soleil.