Le monument était un chef-d’œuvre artistique. Vincent l’avait commandé à un très grand sculpteur. Appuyée contre le bloc de marbre qui portait le nom de la morte, une figure féminine d’une grâce délicieuse étendait à demi la main droite, dans un geste d’apaisement, de pardon, de pitié. Elle semblait vouloir faire descendre quelque chose d’infiniment doux dans l’invisible profondeur de la tombe. Un peu au-dessous de cette main, et déroulé à l’angle du bloc, un feuillet de marbre portait ces mots, qui commentaient le geste de la statue:
ELLE REPOSE PARDONNÉE.
Ainsi était accompli le vœu suprême de Sabine. Pour les rares visiteurs du cimetière, cette inscription devait sembler une simple formule religieuse.
Cependant Gilberte s’était retournée vers son mari. Elle lui toucha le bras. Il leva les yeux. Jamais elle ne lui avait paru si belle. Une gravité attendrie rendait plus séduisant ce visage où flottait un charme d’enfance. Elle dit:
—Je la trouve superbe, cette tombe. Mais regarde!... Rien que du marbre et du métal doré! Elle n’a donc personne au monde, cette pauvre femme, qui lui apporte parfois une gerbe de roses, ou même un simple bouquet des champs?...
Et, comme Vincent, très ému, se taisait, Gilberte ajouta d’une voix insinuante et câline, ainsi qu’une petite fille qui demanderait une grosse faveur:
—Nous viendrons mettre ici des fleurs, n’est-ce pas? Vois-tu... sa folie et son crime ont fait notre bonheur. Et elle a tant souffert!...
Puis, plus bas encore, la jeune femme murmura:
—Pauvre, pauvre créature de douleur et de passion!... Vincent, elle t’aimait et elle t’a perdu... N’est-elle pas assez punie?