—Pas correctement, non, monsieur. Je n’y suis jamais arrivée.

—Et tu n’y arriveras jamais, reprit le général. Une femme ne peut pas. C’est là qu’il en faut des jambes, pour le soutien de l’allure et pour les changements de pied!...

Il s’interrompit.

—Ah! dit-il, voici le maréchal.

Vincent leva les yeux. Un cavalier, qu’il connaissait de vue, comme le connaissaient tous les habitués du Bois, venait à eux d’un pas tranquille. Tout de suite le jeune homme fut saisi par le respect un peu ému que lui inspirait cette maigre figure, d’une crânerie si élégante à cheval malgré ses quatre-vingts ans, et qui semblait résister à l’âge avec toute la puissante inertie de sa légendaire obstination.

Cependant M. Méricourt eut, de côté, vers sa fille et M. de Villenoise, un coup d’œil rapide. Il hésita; puis, brusquement, dit à Vincent—mais d’une voix qui manquait de chaleur:

—Désirez-vous que je vous présente?

Le jeune homme comprit. Sa présence prolongée auprès de Mlle Méricourt allait devenir un sujet de remarques, non seulement pour les amis du général, mais pour tout ce monde assoiffé de cancans qui n’a pas en vain baptisé son point de ralliement dans le Bois matinal du nom de La Potinière.

Aussitôt il prit congé, s’excusant même:

—C’était si intéressant de vous écouter, mon général! Je ne voulais pas vous interrompre.