—Mon cher ami, sache une fois pour toutes que je n'accepterai de personne, pas même de toi, des allusions de ce genre.

Ceci fut dit nettement, avec un certain air de tête et un certain regard qui trahissaient chez M. d'Espayrac l'humeur volontaire et la fierté de race, mais dont il se gardait avec ses amis, et surtout avec Mervil. Celui-ci eut aussitôt le geste vague d'un homme qui, par inadvertance, a marché sur l'orteil d'un autre,—un «pardon!» plutôt mimé que prononcé, avec un demi-sourire signifiant: «Après tout, c'est votre faute, vous n'aviez qu'à ne pas mettre votre pied là.»

D'ailleurs, entre les deux amis, ce fut moins que l'ombre d'un nuage, et Jean sembla ravi d'accepter pour le soir une place dans la baignoire des Mervil.

—Fais mieux encore, dit le compositeur. Viens dîner avec nous. Simone ne t'a pas vu depuis si longtemps!... Elle ne voudra jamais s'enfermer dans une loge avec toi sans avoir refait connaissance.

M. d'Espayrac trouva aussitôt, pour refuser, les meilleurs prétextes du monde.

—Allons, bonne chance! dit-il, en quittant son ami. Je vais être aussi nerveux pour ton propre compte que si j'avais fait le scénario.

Lorsque Simone apprit qu'elle passerait la soirée presque en tête-à-tête avec Jean d'Espayrac, elle imagina d'emmener sa fille au théâtre. Après la diversion nécessaire pour que Roger n'établît aucun rapprochement entre les deux idées, elle avança la proposition que Paulette était assez grande pour voir une «première» de son papa.

—A quoi penses-tu? dit le musicien. Une petite fille qu'on met au lit à huit heures!

—Lélette va avoir neuf ans, dit la mère. Elle peut encore entendre ce qu'elle ne devra plus entendre à seize ans.