La brave femme convint que c'était difficile. A ce moment Simone entrait dans la chambre.

—Ils sont bleus, répétait Mervil. D'un bleu très pur, mais très foncé. Tiens, veux-tu que je te dise, Simone: je ne connais qu'une seule personne qui ait des yeux de cette nuance-là. C'est Jean d'Espayrac. Non, mais c'est drôle, tu sais... Bébé a tout à fait les yeux de Jean.

Au milieu de sa paix reconquise et de son bonheur, cette parole frappa Mme Mervil comme le coup imprévu d'une arme effroyablement pénétrante et cruelle. D'un geste involontaire, elle porta la main à son cœur, comme si le coup l'eût déchirée là. Et elle ne trouvait pas un mot à dire, abasourdie, terrifiée.

Pourtant Roger, ne remarquant rien, très à l'aise, plaisantait.

—Il n'a pas mal choisi, le petit bonhomme. Les yeux de Jean sont les plus beaux que je connaisse. Ma foi, je trouverais ça très bien qu'il eût des yeux comme Jean.

Il posa son fils entre les bras de la nourrice, et, venant tirer gentiment l'oreille de sa femme:

—Ah! madame, je vous y prends. Vous aurez trop regardé les prunelles saphir du beau d'Espayrac. Je lui conterai ça à notre ami Jean.

—Oh! je t'en supplie!... s'écria-t-elle.

Et ce fut un tel cri d'angoisse, qu'effrayée par l'altération de sa propre voix, Simone reprit en essayant de sourire: