—Pourtant, dit la vieille dame avec un sourire d'incrédulité, vous avez dû la voir bien souvent.

Cette ironie acheva d'écraser la malheureuse Mme Mervil. Aussi fut-elle un moment à se remettre, ne saisissant pas tout de suite d'où lui venait la délivrance, lorsque Mme Chambertier ajouta:

—Oui, vous avez dû la voir souvent, dans les mains de votre mari, puisque M. d'Espayrac a été son collaborateur, et que c'est l'écriture de M. d'Espayrac.

Simone se taisait, incapable de trouver une pensée, de formuler un mot.

—Ma chère enfant, reprit la vieille dame en posant une main sur la sienne, votre rougeur me montre que vous êtes au courant de tout...

Ici Mme Chambertier hésita, baissa la voix:

—Vous devez savoir que Gisèle est la maîtresse de ce jeune homme.

Alors ce fut un coup de lumière. «Mais, mon Dieu!» pensa Simone, «ma lâche frayeur pour moi-même m'a fait trahir ma pauvre amie. C'est à ses dépens que mon embarras s'explique. Oh! comme je m'en veux! Comme je m'en veux!»

Elle essaya de défendre Gisèle. «Savoir une chose pareille! Non, elle ne le savait pas, car cela n'existait pas, elle ne le croirait jamais!» Et Simone mentit avec abondance, avec éloquence, et—à mesure qu'elle parlait—presque avec sincérité.