En bas, dans le petit salon, elle poussa un cri de surprise en reconnaissant Mme Chambertier, la mère, la vieille dame qu'on ne voyait guère à Paris, car elle passait l'hiver dans son château de Provence et l'été en Suisse.
—Vous, chère madame!... Je vous croyais encore à Hyères. Et pourquoi ne pas dire votre nom? J'ai failli ne pas vous recevoir.
—Je l'aurais dit au dernier moment, s'il avait fallu, répondit Mme Chambertier. J'aime mieux qu'on ne sache pas que je suis venue ici, le matin, pour vous parler de choses graves.
—Des choses graves!...
Une appréhension serra la gorge de Simone. En même temps elle vit sur le visage de la vieille dame un air de tristesse et de rigidité qu'elle n'avait pas remarqué tout d'abord.
—Ma chère petite, commença Mme Chambertier, je viens au nom de l'amitié qui vous lie à ma belle-fille... Je viens faire appel à votre loyauté, à votre bon cœur...
Tout en parlant, elle sortait un petit portefeuille, l'ouvrait, en tirait un papier plié, qu'elle tendit à Mme Mervil.
—Connaissez-vous cette écriture?
La stupeur élargit les yeux de Simone. Dès le premier coup d'œil, elle distingua l'écriture de Jean. Et toutes ses idées se confondirent, toute sa raison chavira dans la folle peur qui la saisit. Rien de logique ne lui vint à la tête. Évidemment Mme Chambertier lui rapportait un des billets d'amour de M. d'Espayrac, écrit à elle, Simone, et retrouvé Dieu savait où. Elle ne réfléchit pas qu'elle les avait détruits tous, elle ne pensa pas à Gisèle... Elle n'eut dans le cœur et dans l'esprit que la convulsion de son épouvante... l'épouvante atroce du criminel qui sent la main du gendarme s'abattre sur son épaule. Oh! les fruits d'angoisse et de honte qu'engendrait sa misérable faute!... Cependant, comme Mme Chambertier répétait sa question d'une voix sévère, Simone, malgré la rougeur violente dont elle sentait le feu sur son visage, tâcha de feindre l'étonnement, voulut nier:
—Cette écriture?... Non... Non, je ne connais pas.