—Mais de quoi donc, ma femme chérie? insista-t-il.

Elle se tut quelques secondes, puis prononça simplement, mais avec un air étrange:

—De te quitter.

Alors il essaya de rire, il l'embrassa, il l'assura, le cœur broyé, qu'ils avaient encore devant eux de longs jours de bonheur...


Lorsque Paulette arriva le lendemain, Simone était faible à ce point qu'elle pouvait à peine parler. Cependant la présence de sa fille la fit se soulever d'un grand effort. Elle avait quelque chose à lui dire. On crut comprendre qu'elle voulait être seule avec Paulette, et Roger lui-même sortit de la chambre.

—Oh! maman, s'écria la jeune femme, c'est une crise qui va passer. Tu iras mieux. Si tu savais... tu n'as pas l'air malade en ce moment.

C'était vrai. Simone venait de rassembler toutes ses forces. Sur son visage ranimé, un reflet rose, un rayon de beauté se posait. Ses cheveux, toujours de leur blond si fin, se dénouaient, roulaient avec une grâce de jeunesse; et ses beaux yeux de douceur s'illuminaient comme lorsqu'ils s'étaient ouverts au songe riant de la vie.

—Ma chérie, oh! ma chérie, murmura-t-elle près du visage incliné de sa fille, écoute ce que j'ai voulu te dire. Essaie de te le rappeler quand tu auras du chagrin. Si jamais on te blesse le cœur,—si jamais ton mari te fait de la peine, même s'il va jusqu'à l'infidélité,—ne te venge pas... O Paulette! ne le trompe jamais! Vois-tu, nous autres femmes, nous n'avons pas le droit de mal faire... Notre vertu et notre honneur sont la vertu et l'honneur de la famille, la vertu et l'honneur de la patrie... Quand nous tombons, tout tombe avec nous... Pour nous, il n'y a pas de faute légère... Nous devons rester tout en haut, ou bien nous roulons tout en bas... Et, dans notre chute, nous entraînons tout. Sache-le, ma fille, sache-le bien, et crois-en ta mère qui va mourir.

Ce furent à peu près les dernières paroles que Simone prononça.