La fièvre amère qui la dévorait lui fit tant de mal qu'elle poussa un soupir.

Roger venait de laisser tomber une bottine.

—Je t'ai réveillée? dit-il.

Elle ouvrit lentement ses jolis yeux avec une expression d'étonnement et de douceur.

Son mari se pencha pour l'embrasser. Elle sortait d'elle-même, croyait se contempler d'une distance infinie. Elle se disait: «Il m'embrasse!... lui!... en revenant d'en embrasser une autre...» Et il lui semblait que cela n'était pas vrai, qu'elle lisait un roman ou qu'elle assistait à une scène de théâtre, que l'illusion pénible s'effacerait tout à l'heure, et que tout serait de nouveau comme auparavant.

Par instants, elle avait envie de crier: «Assez!... Assez!...» Car les torturantes choses qui s'agitaient en elle passaient, revenaient, se heurtaient, fuyaient pour revenir encore, avec une trépidation atroce. Peut-être n'avait-elle pas beaucoup de chagrin... Cependant toute l'âme lui faisait mal comme elle n'avait jamais eu mal.

Elle dit à Roger:

—Quelle heure est-il? Tu es resté bien tard avec M. Fournière... Il me semble, du moins.

—Nous avions à causer... Un projet de pièce... Un scénario qu'il a... Je ne sais de qui... J'ai oublié le nom de l'auteur... Il voulait savoir si ça me tenterait d'écrire une partition là-dessus.