—Non, ma parole! Je dis ce que je pense.
Il se pencha vers le compositeur, prononçant à mi-voix, mais assez haut pour être entendu de Mme Mervil:
—Les promiscuités m'écœurent. Je ne voudrais pour rien au monde, par exemple, me mettre dans une baignoire de ces établissements de bains publics...
Mervil eut un ricanement d'incrédulité.
—Eh bien, et en voyage, comment fais-tu?
—Je trouve partout un seau d'eau, et comme j'emporte une grosse éponge...
—Ah! oui, pour le bain... Mais... le reste?
—Je m'en passe. Mais je voyage si peu, ajouta d'Espayrac. Les lits et les tables de hasard n'ont, je l'avoue, aucun charme pour moi.
Simone comprit fort bien ces phrases rapides, énoncées d'un ton à peine assourdi. Les deux hommes, d'ailleurs, en avaient dit parfois de plus fortes en sa présence, et elle ne s'effarouchait pas d'être traitée un peu en camarade. Seulement, quand un sujet devenait scabreux, elle s'abstenait de mettre son mot. Elle se taisait donc et regardait Jean. Un immense plaisir lui venait de l'entendre exprimer des délicatesses tellement rares chez un garçon de vingt-six ans. Elle ne doutait pas qu'il ne fût sincère. Et il l'était en effet, surtout en ce moment. Car on devient, à certaines heures, le personnage que l'on se croit. Et Jean d'Espayrac n'éprouvait, en présence de Simone, que les plus raffinés des sentiments dont il était capable.