Jean et Simone restèrent seuls. Certes, ce n'était pas la première fois. Pourtant jamais ils n'avaient constaté entre eux cette gêne singulière. Une minute se passa dans un silence de plus en plus difficile à rompre. Et, peu à peu, ce silence prenait une signification tellement nette qu'ils n'eussent plus osé se regarder. A la fin, M. d'Espayrac, sans trop savoir ce qu'il disait, ni quel était l'à-propos de la phrase qu'il allait prononcer, murmura d'une voix caressante:

—Vous avez en moi le plus dévoué, le plus respectueux des amis. Le croyez-vous, madame?

—Oui, je le crois.

Et, tout de suite, sentant la pente, le danger, avec ce besoin qui harcèle toute femme de se justifier à elle-même ses propres sentiments, elle expliqua:

—J'ai tant de confiance en vous! Votre nature est si loyale, si délicate! Ah! vous ne ressemblez pas aux autres hommes.

—Non, c'est vrai, dit Jean, avec la meilleure foi du monde. Mais vous non plus, vous n'êtes pas comme toutes les femmes. Je vous comprends si bien! Je lis en vous, positivement.

—Croyez-vous?... dit-elle avec un léger rire de coquetterie.

—Oui... Tenez,—il baissa encore la voix,—on vous a fait de la peine tout à l'heure.