Un moment après, vers dix heures, le domestique apporta, pour M. Mervil, quelques lettres sur un plateau. Roger demanda la permission de les lire, et s'assit à une petite table, sous la lumière d'une lampe minuscule, coiffée de son abat-jour en froufrou.
—Faites faire du thé, dit Mme Mervil au domestique. Vous en prendrez, n'est-ce pas, monsieur? ajouta-t-elle avec un regard vers Jean.
—Oh! moi, madame, je n'ai pas d'objection. Mais si vous en faites prendre à Mervil tous les soirs...
—Il n'y a pas de danger! dit Simone. Nous prenons du tilleul, lui et moi.
—Eh bien, madame, je vous en prie, offrez-moi donc aussi du tilleul. Ce ne sera pas la première fois que j'en prendrai. Le tilleul est à la mode.
—Ah! oui, reprit Simone, c'est la boisson qu'on sert à présent dans nos salons de névrosés.
—Moi, dit Mervil qui se levait, j'en bois pour tenir compagnie à cette jeune dame. Je n'en ai pas besoin, mais elle!... Ah! d'Espayrac, heureux garçon, vous n'êtes pas marié, vous ne savez pas ce que c'est que les crises de nerfs.
Il prononça nerffes. Décidément, ce soir, il semblait s'être proposé la gageure de déplaire à Simone aussi parfaitement que possible. Il fut le seul à rire de sa plaisanterie,—une vieille plaisanterie, bien usée, mais qui lui servait toujours, avec quelque demi-douzaine du même calibre, à se figurer, lui, ce rêveur, qu'il avait l'esprit facétieux.
—Vous m'excusez? dit-il en prenant le bouton de la porte. Un mot seulement à répondre tout de suite. Je monte et je redescends.