Mervil eut un cri, comme dans le brusque déchirement d'une blessure.

—Simone!... Oh! pas toi, Simone! Pas toi!... Ne prononce pas des choses pareilles!

Son accent produisit sur sa jeune femme un effet extraordinaire. Soudainement, ce remords qu'elle appelait en vain depuis sa chute récente, lui transperça le cœur comme une flèche. Durant quelques secondes elle eut le sentiment d'une déchéance horrible, des images physiques de sa faute s'évoquèrent en elle et lui soulevèrent l'âme d'une intolérable nausée. A cet instant, la trahison de son mari et la sienne s'intervertirent dans sa pensée. Pour la première fois, elle pressentit qu'elle pourrait lui pardonner, à lui, tandis qu'à elle-même, elle ne se pardonnerait jamais.

Toutefois une affreuse tentation lui vint de le braver, d'énoncer devant lui la chose inavouable.

—Ah! dit-elle froidement—avec une sorte de plaisir bizarre, mêlé de désespoir et de frayeur,—cela te ferait donc beaucoup de chagrin si tu savais que j'ai un amant?

Roger devint tout pâle, rien que de lui entendre articuler ces trois mots. Mais il dit avec calme:

—Prends garde, Simone. Tu as, depuis quelque temps, des façons de parler bien singulières! Il y a des suppositions qu'une honnête femme ne doit pas faire, ne doit pas suggérer à son mari...

Il s'arrêta, vint à elle, et, durant un instant, la considéra d'un regard qui s'adoucissait.

—Pourquoi veux-tu, reprit-il, me faire imaginer des choses que mon esprit se refuse à concevoir? Toi, Simone... Toi, un amant? Vois-tu, je ne pourrais pas plus le croire de toi que je ne le crois de notre fille, de notre innocente petite Paulette.