—Ah! Roger...
Dans l'atroce regret qui lui torturait l'âme, elle n'avait même plus de sanglots. C'était donc contre cet homme-là, c'était contre lui qu'elle s'était irritée jusqu'au mépris, jusqu'à la haine, jusqu'à l'ineffaçable injure de la trahison!... C'était à lui qu'elle avait menti hier, qu'elle mentait ce soir, et qu'elle allait être forcée de mentir désormais jusqu'au bout, jusqu'au dernier baiser d'adieu au bord du tombeau! Et c'était elle, Simone, sa Simone, qui avait fait cela!
—Ah! Roger... murmura-t-elle à plusieurs reprises, avec une intonation si déchirante, que lui, la croyant subjuguée seulement par le triomphe douloureux d'une divine indulgence, disait:
—Ma Simone, comment peut-on faire du chagrin à une bonne petite âme comme toi? Ah! je ne suis qu'un brutal, un mauvais mari. C'est vrai, tu es si fine, si sensible!... Une petite femme comme toi, c'est trop délicat à manier... Moi, je ne suis qu'un maladroit, un bourru. Je te traite en vieux camarade, que je taquine... je m'oublie, je dépasse la mesure. Je devrais toujours être en adoration devant ma jolie madone, et je me conduis comme un païen.
Elle le fit taire, avec douceur.
—Ne causons plus, dit-elle, je suis brisée. Veux-tu être tout à fait bon?—Et elle touchait avec un geste timide et tendre le front du musicien toujours à demi prosterné sur le tapis à côté d'elle.—Va te remettre un instant au piano, et joue-moi encore quelque chose.
—Mais, mignonne, il est bien tard... J'ai peur de réveiller Paulette, et miss Mary, et tout notre monde.
—Oh! tu joueras très, très doucement. C'est si joli quand tu fais chanter le piano tout bas!
Il lui obéit. Il reprit en sourdine une des phrases et quelques-unes des variations qui l'avaient le plus charmée tout à l'heure.