Quelles ne furent pas sa surprise, son appréhension, sa rage de souffrance, quand il apprit que, brusquement, Mme Mervil s'était éloignée de Paris!

—Comment! disait-il à Roger,—ne pouvant qu'à peine dissimuler son mécontentement d'homme qui sent la valeur de ses droits.—Comment! sans emmener Paulette! sans attendre que tu puisses l'accompagner!...

—Oh! l'accompagner... Il eût été trop tard. C'est dans le Midi qu'elle va... Et nous voici au milieu de mars. La saison est presque finie. Quant à Paulette, elle a sa gouvernante anglaise, et peut se sacrifier deux ou trois semaines à la santé de sa maman.

—Ce voyage était donc nécessaire? J'y voyais seulement, je l'avoue, le plaisir que doit éprouver ta femme à rejoindre là-bas sa Gisèle Chambertier. Une société que tu tolères beaucoup trop, permets-moi de te le dire.

—Bah! dit Mervil, elle a songé à Gisèle, c'est vrai, et aux invitations réitérées de son amie, mais seulement lorsque le médecin, effrayé de son degré d'anémie, a conseillé le changement d'air.

—Alors, s'écria Jean—tout blanc de fureur concentrée,—c'est chez Mme Chambertier qu'elle demeure là-bas?... dans leur château de Saint-Raphaël?... de Cannes? je ne sais plus.

—C'est-à-dire que c'est chez Mme Chambertier, la mère. Le père Chambertier avait acheté à Hyères, peu avant sa mort, une habitation—très pittoresque, paraît-il,—toute une pointe de rocher, avec des ruines... Ça se vendait pour rien, relativement. Il en a tiré bon parti. On dit que c'est très beau. La vieille maman habite là-bas pendant une grande partie de l'année.

—Mais Gisèle y est en ce moment, avec son mari. Je le sais parbleu bien... Ils sont partis tout de suite après leur bal.

—Non, ils étaient partis pour Nice, pour le carnaval de Nice. Mais, en revenant, ils se sont arrêtés à Hyères. Simone les y retrouvera et fera le voyage de retour avec eux.

—Et vraiment, tu approuves beaucoup cette intimité? Ça m'étonne.