Et il leur lut bien vite que M. d'Espayrac était descendu la veille à l'hôtel des Iles d'Or.
—M. d'Espayrac! En voilà une chance! cria Gisèle.
Dans sa joie, elle battit des mains, comme une petite fille. Mme Chambertier, la mère, eut le vague sourire de la vieillesse indifférente. Quant à Simone, elle éprouva cette sensation de chute dans le vide qui, parfois, en plein repos, secoue brutalement un dormeur, et le réveille, le cœur convulsé, les tempes mouillées d'une froide sueur. La pâleur qui décolora ses joues lui devint brusquement sensible, comme un souffle glacé qui aurait couru sur son visage. Toutefois, elle eut la force de prononcer quelques mots avec un accent naturel, et l'altération de ses traits ne fut point observée.
—Il viendra peut-être nous voir cette après-midi, fit Gisèle. J'ai envie de décommander la voiture et de rester à la maison.
—Ça serait un peu fort! dit Chambertier. Mais qu'est-ce que c'est que ce caprice? Depuis quand te plaît-il à ce point, ce monsieur d'Espayrac?
—Depuis cinq minutes. Je m'ennuyais... Il survient. C'est assez pour que je le trouve charmant.
—Tu t'ennuyais!... Voilà qui est poli pour nous... Qu'est-ce que vous en dites, madame Mervil?
Personne ne répondit à Chambertier. Mais sa mère intervint:
—Mes enfants, si vous ne profitez pas de la voiture, trouvez bon que je m'en serve. Ne décommandez rien. Édouard, d'ailleurs, m'accompagnera sans doute.
—Oh! Gisèle, je t'en prie! s'écria Simone, faisons cette promenade à la presqu'île de Giens!... Je m'en réjouissais vraiment... Si tu savais comme je serais désappointée!...