Pour se promener avec sa fille, Simone eut une petite charrette anglaise, attelée d'un poney des Shetland qu'elle conduisait elle-même. Mais un jour que ce poney broutait sur une pelouse écartée, au bout d'une longue corde fixée à un piquet, la gouvernante anglaise, cherchant partout Paulette, aperçut la petite fille à califourchon sur le dos de l'animal. Le poney, tout d'abord, n'avait pas manqué de la jeter par terre. Paulette, après avoir roulé dans l'herbe sans se faire de mal, était regrimpée sur sa monture; et maintenant elle chevauchait, cramponnée à l'épaisse crinière du petit shetlandais, qui, ayant reçu d'elle bien souvent des morceaux de sucre et des caresses, y mettait de la complaisance.
La gouvernante poussa les hauts cris, et voulut se saisir de la coupable. Paulette piqua des deux avec des éclats de rire; et l'Anglaise, qui, au fond, avait peur du poney, y eût perdu ses peines, si une culbute inévitable ne lui eût livré l'écuyère un peu endolorie cette fois, et sa petite main hâlée toute saignante par l'écorchure d'un caillou.
—Come directly to your father! s'écria Miss, furieuse d'avoir été bravée. Et elle traîna Paulette jusque dans le cabinet de travail où Mervil était à l'œuvre. Sanctuaire interdit, à la porte duquel il fallait, pour qu'on osât frapper, toute la gravité d'une pareille circonstance.
Mervil décréta que sa petite fille serait mise au lit sur-le-champ. Elle venait à peine d'en sortir, car il était neuf heures du matin. Et le temps était si joyeusement beau!
—Vous fermerez les persiennes, miss, ajouta le père avec un sérieux de juge. Et personne ne lui parlera. Elle est blessée; il lui faut le plus grand calme, de peur que la fièvre ne se déclare.
—Mais, papa, je n'ai rien! criait la petite.
Elle suçait vite un peu de sang et de terre sur sa menotte égratignée.
On la coucha malgré ses protestations et ses pleurs.
—Où est maman! Je veux voir maman. Qu'on le dise à maman!