Même sur le tournant de route pâle, distinct entre l’épaulement de la colline et les premières maisons, rien ne passait à cette heure.
Rien… ô Dieu !… Mais si. Voilà qu’une silhouette y apparaît. C’est celle d’un piéton qui se hâte, à grandes enjambées rapides, comme dans une fuite désespérée. La frêle palpitation de vie, l’éternelle pulsation de douleur, ne s’apaisera donc jamais, tant que, pour tiédir les planètes, chaufferont les fournaises énormes des soleils ? Il y aura donc toujours quelqu’un qui souffre, quand tout dort ?
Oh ! cette silhouette qui s’en va, chargée de fureur et de chagrin, sur la route pâle !… Ce passant… ce passant, qui ne reviendra plus !…
Nicole le regarde, jusqu’à ce que l’alignement des maisons le lui dérobe. Elle sait que c’est Georget, qu’il gagnera Sézanne à pied, sans doute, pour prendre ensuite, vers Paris, le premier train du matin.
Quelles pensées emporte-t-il ?
Elle s’abîme sur son lit, sanglotant d’une douleur qui ressemble au plus brûlant remords.
Car, sous la forme de son horrible épreuve, s’insinue en elle cette vérité : que nos cœurs, avides d’absolu, ne se satisfont pas, même dans ce que nous convenons d’appeler LE DEVOIR. La meilleure de nos actions est pour quelqu’un une action mauvaise. La face resplendissante du bien a toujours un revers d’ombre.