Quelques minutes plus tard, il ouvrait pour Clary la portière de son coupé.

— « J’ai la migraine. Vous serez bien gentil de me laisser, » dit-elle cavalièrement.

La voiture fila. Presque aussitôt, Stainier tendit la main à l’auteur dramatique.

— « Comment, vous aussi ?… » s’exclama Sérénis, tout dépaysé de rester seul.

— « Mon bon, » fit l’autre confidentiellement, « je suis bien content que Clary nous ait plaqués. Il m’aurait fallu prendre congé le premier, et elle aurait potiné, la mâtine… » Il ajouta, plus mystérieux qu’un conspirateur de tragédie : « Un rendez-vous avec une femme du monde… Je ne saurais être assez prudent… »

Puis il s’éloigna, riant sous cape, allant retrouver Clary dans son hôtel merveilleux, pour un de ces revenez-y où les deux anciens amants ressuscitaient leurs souvenirs et mêlaient cyniquement leurs rancunes.

Sérénis rentra dans l’Exposition, dégoûté de sa soirée, des cabotins, et, — du moins y tâchait-il, — des bonnes grâces décevantes de Clary.

Quelque chose dont il ne se rendait pas compte, — curiosité, pressentiment, réminiscence, — lui fit rebrousser chemin le long de la berge pour repasser devant le restaurant germanique. Les tables se vidaient. Celle où il avait remarqué d’Orlhac, entourée maintenant d’une débandade de chaises, montrait l’abandon du repas fini, serviettes jetées, fleurs pillées, verrerie légère en retraite devant la grosse cavalerie des rince-bouche.

Sérénis monta un escalier, puis traversa le pont de l’Alma sans prendre la peine de gravir la passerelle, n’ayant qu’à montrer au guichet sa carte de presse. « Allons au Château d’Eau, » pensa-t-il. Un moment de rêverie devant les prodigieuses cascades multicolores apaiserait son agacement.

Comme il passait derrière le pavillon du Mexique, il se heurta presque à quelqu’un qui sortait vivement du bureau de télégraphe, situé de l’autre côté de l’allée, près du Cabaret Roumain.