Il mit dans cette exclamation un tel frémissement de mélancolie, que d’Orlhac tressaillit et le regarda.
— « Vous ne trouvez pas, vous, » reprit Ogier, répondant à ce mouvement, « que la vertu des femmes peut quelquefois être une vilaine chose ?…
— Qu’entendez-vous par là ? » dit le jeune diplomate d’une voix sourde.
— « J’entends que leur fidélité conjugale, seul devoir qui les affranchisse de tous les autres, est d’essence moins noble qu’une généreuse faute. La prudence, l’intérêt, la coquetterie, la froideur, en sont les plus sûrs éléments. Et en son nom, elles peuvent commettre des crimes ! »
Le mot grinça, d’une amertume sauvage. Philippe d’Orlhac se taisait.
— « Ce n’est pas votre avis ?… » insista l’écrivain.
— « Mon avis ?… » répéta l’ancien amant de Marcienne de Sélys. « Est-ce que nous pouvons avoir un avis sur l’amour ?… Nous avons seulement chacun notre façon d’en avoir souffert. Ne m’en veuillez pas de vous taire la mienne. »
L’accent déchiré émut Sérénis. Qu’était son regret, à lui, — dont il ne faisait plus guère à présent que de la littérature, — à côté d’une blessure si promptement, si profondément saignante ? Sans la connaître, il en demeurait troublé, avec cette espèce de jalousie mystérieuse que nous inspirent les inconsolables tourments de l’amour, ceux que nous devinons supérieurs à notre propre endurance, et nés d’extases que nous ne connaîtrons jamais.
Comme le subit assombrissement de leurs pensées leur rendait plus étouffante la contrainte de la foule, tous deux, d’un tacite accord, essayèrent de battre en retraite. A peine retrouvaient-ils un espace relativement libre, qu’ils aperçurent, venant à eux, les amis de M. d’Orlhac. Ceux-ci, en effet, s’étaient arrêtés près du pont d’Iéna, pour écouter un concert de trompes.
— « Vous savez bien, » dit M. Mériel au secrétaire d’ambassade, « qu’avec Toquette la ligne droite n’est jamais le chemin d’un point à un autre. »