« Toquette !… » Le grand corps de Sérénis oscilla comme par une secousse électrique. Il attacha des yeux effarés sur la jeune fille, qu’on lui présentait justement. Cette svelte taille élancée, à la ceinture fine, au buste gracieusement modelé, sous de floconneuses guipures, ne lui rappelait en rien l’écolière d’autrefois. Mais l’éclat du teint, la mousse dorée des cheveux, la malice de la bouche et du regard… Mon Dieu !… Était-ce possible ?…

— « Vous ne vous rappelez pas Toquette, monsieur Sérénis ?… Et notre rencontre d’Anvers ?… Et mon entorse de Bruges ?… Et mes roses de la Martaude ?… »

La Martaude !… Un jet de glace et de feu parcourut les artères d’Ogier. Allait-il apercevoir, parmi ces gens qui l’entouraient, celle qu’évoquait la présence de cette jeune fille, celle qu’il n’avait pas revue depuis le soir… Non, elle n’était pas là. Il se ressaisit, devant tous ces yeux rencontrés, où il lisait de l’étonnement.

— « Pardonnez-moi… C’est une telle surprise !… Comment ! si je me rappelle mademoiselle Toquette ?… Mais je crois bien !… J’espère, monsieur, que mademoiselle votre fille ne vous a pas dit trop de mal de son ancien ami ? »

Paul Mériel protesta. C’était un solide gaillard, qui n’accusait pas la cinquantaine, et que sa physionomie vive, d’un roux grisonnant, — très ressemblante, quoique masculinisée et épaissie, à celle de sa fille, — montrait bien l’homme d’aventures, d’imagination et d’entrain, qui avait fini par forcer la main à la Fortune.

— « Eh bien, voyons… Si nous ne restions pas là, à nous faire lapider de coups de coude. Allons prendre des glaces là-haut, sur une des terrasses. Nous verrons mieux l’effet des fontaines. »

Le groupe se mit en mouvement. Et, soit hasard, soit que les volontés y eussent tendu inconsciemment, Ogier se trouva près de Toquette.

Elle ne s’effarouchait pas d’un tête-à-tête, qu’elle accentua plutôt, ralentissant le pas pour rester en arrière. Ses indépendantes allures d’autrefois n’avaient pris que plus de décision par son séjour en Amérique et l’assurance de la richesse. Seulement, les gestes capricants et l’impertinence agressive de l’âge ingrat, étaient remplacés par la souple grâce et la finesse malicieuse de la vingtième année.

Ogier regardait cette grande fille élégante, mais sans l’observer pour elle-même. A peine se rendait-il compte, en une saveur accrue, de ce charme étrange vaguement remarqué par lui lorsqu’elle était gamine. Tout ce qu’il se dit d’elle, c’est qu’il ne la trouvait pas devenue jolie. Mais elle évoquait en lui trop de souvenirs — et de trop poignants, — il attendait de cette rencontre trop de révélations plus ou moins cruelles, pour s’attacher à ce qui la touchait personnellement. Des questions lui brûlaient les lèvres. Cependant il eut la discrétion d’attendre.

— « Monsieur Sérénis, » disait-elle. « M’avez-vous pardonné ?