— Comment pouvez-vous croire ?… Mon respect…
— Oh ! votre respect… Vous y étiez bien forcé. Ma sage petite marraine n’est pas de celles à qui on manque.
— Vous l’avez vue récemment, madame Hardibert ? Tout va-t-il suivant ses désirs ?… »
La voix d’Ogier défaillit légèrement. Il posait enfin la question qui, tout d’abord, lui brûlait les lèvres. Mais il en attendait moins impatiemment la réponse.
Le clair visage de Mlle Mériel s’assombrit un peu.
— « Vous n’allez pas me croire, » dit-elle avec un sérieux imprévu. « Je n’ai pas encore rendu visite à ma marraine depuis mon arrivée en Europe.
— Il y a longtemps ?
— Deux ou trois semaines. Mais papa n’a jamais une heure à lui. Et puis, il fallait bien voir l’Exposition… La Martaude, c’est loin. »
Elle s’interrompit, confuse. Puis la vérité sortit, comme si la jeune insouciante eût soulagé sa conscience par un aveu. Les relations étaient devenues si rares avec les Hardibert, que Toquette ne savait trop comment les reprendre. Cinq ans auparavant, son père, pour qui s’annonçait la réussite d’une affaire importante, l’appelait en Amérique. Pour profiter du départ d’une famille disposée à l’escorter, elle avait dû se mettre en voyage d’un jour à l’autre. La correspondance avec sa marraine avait d’abord marché régulièrement, puis s’était espacée.
— « J’ai tellement l’horreur des banalités épistolaires, » soupira Mlle Mériel. « Quand les gens sont séparés de vous pour à peu près toujours, qu’ils ne vivront plus de votre vie, on a si tôt fait de n’avoir plus rien à leur dire. »