— « Mais, dans le sachet où je les conserve.

— Ici ?… ou en Amérique ?…

— En Amérique et ici. Partout où je vais. Elles ne me quittent pas. »

Les admirables yeux graves d’Ogier se posèrent, et cette fois sans regarder en dedans vers le passé, sur le visage de la jeune fille. Toquette brava ce regard, avec un embarras fier et charmant. A la fin, pourtant, ses cils fauves battirent.

Qu’éprouvait-il ?… Était-ce donc un regret d’imagination, sans racines au fond du cœur, l’élancement d’une cicatrice toute superficielle, ce frisson qui le secouait si fort depuis quelques minutes, puisqu’une coquetterie de femme suffisait à l’en distraire ? Lui-même s’étonna de l’attrait substitué au souvenir, et qui, brusquement l’appelait hors du plaintif autrefois.

— « Ah ? » disait Toquette en riant. « Je puis bien vous l’avouer, maintenant que je suis une grande personne, à qui le flirt est permis. Vous fûtes le héros de ma treizième année. Tiens, voilà un alexandrin !… Je vous le cède, sans réclamer de droits d’auteur. »

Elle noyait sous son espiègle gaieté la confession trop significative de tout à l’heure, et qui lui avait valu un tel regard. L’instinct défensif de son sexe la tenait, allègre et vaillante, sur le rempart de son secret, prête à le préserver par la raillerie et toutes les ruses de guerre, si elle l’avait en vain compromis.

— « J’étais une romanesque petite folle, » reprenait-elle. « Vos vers, que vous nous récitiez, vos belles phrases sur la poésie de Bruges, vos attitudes élégiaques, m’avaient tourné la tête. Et j’étais jalouse… Ah ! que j’étais jalouse !…

— De qui étiez-vous jalouse ?… » questionna Ogier, dont le cœur battit de nouveau sous un flot, mais ralenti, de l’émotion ancienne.

— « De ma marraine, tiens !… Vous lui faisiez bien un peu la cour ?… Allons, soyez franc.