— Mais, » demanda l’écrivain, « pourquoi dites-vous « ces pauvres Hardibert » ? Leur serait-il arrivé malheur ?
— Comment ?… Vous ne savez pas ?… En effet, vous avez dû les négliger depuis longtemps. Mais, la Martaude a traversé une crise terrible ! Ils ont été à deux doigts de la faillite.
— Pas possible ! Un établissement si prospère !…
— Ah ! c’est que la politique s’en est mêlée. Un moment, Hardibert pensait abandonner la partie. L’État, son meilleur client, le boudait. Et les ouvriers, tandis qu’il les nourrissait en sacrifiant sa fortune personnelle, lui jouaient des tours pendables. Quand on chômait, les gaillards trouvaient bon d’être payés tout de même. Et si, par hasard, l’ouvrage donnait un peu, ils réclamaient de l’augmentation et tenaient la dragée haute. Ah ! ç’a été dur !
— Et monsieur Hardibert s’en est tiré !… Il est tellement énergique !
— On l’a aidé aussi… Quelqu’un a mis à propos des fonds dans l’affaire. »
Toquette eut un brusque accès de toux. Et Sérénis vit, à un mouvement de son buste, qu’elle avançait le pied vers son père, par dessous la table. Il comprit. Le Trust de la publicité ne s’était pas montré ingrat. Mais c’était peut-être pire de laisser refroidir une amitié, après avoir cru solder la dette de cœur avec de l’argent.
— « D’ailleurs, » continua Mériel, empressé à faire dévier le sujet sur l’indication de sa fille, « j’ai appris, depuis mon arrivée en France, que, d’aucune façon, le bonheur n’est à la Martaude. »
Ogier sentit le reflux de son sang. De jour, on l’aurait vu pâlir.
— « Comment cela ? »