— « Le misérable !… Écoutez plutôt :

« Vivre avecque franchise et sans ambition… »

alors qu’il y a tant de beauté dans le mystère, tant de pudeur dans le mensonge, tant de force dans l’ambition !

« Dompter ses passions, les rendre obéissantes… »

N’en a pas qui veut, des passions. Il ne devait pas avoir grand’chose à dompter, ce commerçant. Ah ! voici un vers juste :

« C’est attendre chez soi bien doucement la mort. »

Parfait. C’est attendre la mort. Ce n’est pas vivre. Le plat sonnet !… Rendons-le à mademoiselle Toquette… Et sauvons-nous de cette maison, madame. »

Nicole, bien que scandalisée, s’égayait de nouveau. Toquette elle-même riait de rattraper en trottinant les grandes enjambées farouches du poète indigné. Mais, comme ils traversaient la cour, ils s’arrêtèrent, ressaisis au passage par la poésie des vieilles murailles mangées de verdure, clignotantes de mille yeux glauques aux petits carreaux sertis de plomb… Indéfinissable rêve des cours divisées par l’ombre, et où noircissent les géométriques feuillages.

— « Le sieur Plantin a-t-il jamais saisi la grâce de ça ?… » fit Ogier, avec sa rancune d’artiste pour les méchants vers de l’imprimeur.

— « La vigne et le lierre n’étaient pas poussés alors, » dit Toquette, gravement.