Les malins yeux roux épiaient de côté le visage du jeune homme. Il sourit, désarmé contre l’espiègle. Déjà elle se détournait, ne voulant pas avoir vu ce sourire.
Comme elle filait dans la rue, marchant devant eux, leste dans sa jupe encore courte, Sérénis dit à Nicole :
— « Vous vous êtes chargée d’une éducation peu commode.
— Quelle éducation ? » Elle suivit son regard. « Ah ! Toquette !… La pauvre petite !…
— Permettez-moi de ne pas la plaindre. Elle a treize ou quatorze ans, et elle est auprès de vous. Cela m’est arrivé…
— Est-ce un madrigal ?
— Non, c’est un très bon souvenir. »
Rien ne ressemblait moins, en effet, à un madrigal que cette dernière phrase, simple, toute en profondeur, et qu’accompagnait, non la galante admiration des yeux, mais leur enfoncement dans une vision lointaine. Ces yeux-là, Nicole en découvrit alors, avec une surprise aiguë, toute la magie de tristesse et de caresse. Pourtant ils ne la regardaient pas. Comme cela change, avec la vie et avec l’âme, ces miroirs que sont les prunelles !… Le Georget d’autrefois n’avait pas, dans les siennes, du même bleu pourtant, ces reflets plus doux que des gestes et plus dominateurs que des mots.
Mme Hardibert reprit la conversation tout de suite :
— « Toquette… ou plutôt… Victorine Mériel, ne demeure pas auprès de moi. Je ne me suis pas chargée de son éducation. Ce serait de la prétention chez la jeune ignorante que je suis, ne connaissant guère l’existence, et tout à fait incapable de l’enseigner. Non, Victorine est dans un pensionnat, où son père lui-même l’a placée avant de quitter l’Europe.