— Ah ! son père ?…
— … est en Amérique. Un cerveau brûlé, ce Paul Mériel. Très intelligent, pas du tout quelconque. Mais un de ces êtres qui, avec des dons remarquables, manquent du je ne sais quoi qui leur permettrait de les mettre en œuvre. On dirait de ces machines compliquées, étincelantes, magnifiques, et qui ne marchent jamais, faute d’un agencement exact de leurs merveilleux rouages.
— Oh ! madame… Nous étions si loin des ateliers de la Martaude !
— Ça sent la graisse et la fumée, ma comparaison ?…
— Elle est juste, mais trop professionnelle. »
Mme Hardibert rougit, avec un battement plus nerveux de ses mobiles paupières. La suggestion ouvrit devant elle, effectivement, les ateliers de la Martaude. De grands halls, pleins de vapeur et de bruit… un peuple noir et suant de travailleurs. Elle sentit le malaise que projetaient en elle ces forces de fer et de chair, sa perpétuelle inquiétude à les voir plier sous l’autorité d’un homme, de son mari, sans comprendre s’il y avait d’autres sources et d’autres limites à cette autorité que l’argent. Ogier, lui, n’était responsable que de ses rimes, et ne domptait que la Chimère… Elle murmura :
— « Ne vous moquez pas de moi. C’est vrai… Je ne peux pas oublier les machines. Elles m’oppressent. »
Il s’étonna, mais n’eut pas le temps de questionner. Toquette revenait vers eux.
— « Où allons-nous, marraine ?
— Au Promenoir, retrouver ton parrain. Tu sais qu’il veut nous faire déjeuner à la Tête-de-Flandre.