— Permettez-moi de prendre congé de vous, » dit Sérénis.

Comment ! Jamais de la vie ! Nicole ne permettrait pas. Son mari lui en voudrait trop… Et, tandis qu’elle forçait le poète, peu récalcitrant, à la suivre du côté de l’Escaut, elle termina l’histoire de Toquette.

Paul Mériel fut un des meilleurs camarades de jeunesse de Hardibert. Plus brillant que lui, il paraissait mieux destiné à réussir. Tous deux partagèrent des travaux de laboratoire, d’où ils comptaient voir surgir quelque prodigieuse découverte. Bientôt pourtant l’esprit plus pratique de Hardibert se restreignit à des problèmes de mécanique, modestes en apparence, mais qui devaient modifier profondément l’industrie des machines à vapeur. Ceci le conduisit à la Martaude, dont il était aujourd’hui directeur. Mériel, lui, prit cent brevets pour des inventions à tapage, dont aucune ne résista à l’expérience. Il fonda des sociétés, qui s’effondrèrent, eut des procès, et finalement dut s’expatrier, non seulement pour tenter la fortune sur un terrain moins fâcheusement battu, mais peut-être pour éviter des redditions de comptes par trop embarrassantes.

Ce dernier détail, sous-entendu clairement par Nicole, amena sur les lèvres de Sérénis un mot de compassion dédaigneuse pour l’héritière d’une mentalité si incertaine.

— « Pauvre fille !… Votre bonté même ne refera pas sa destinée.

— Qui sait ?

— Ne l’espérez pas, madame. Cette enfant-là n’est pas plus banale que son père, mais je crois qu’elle manquera, comme lui… d’ajustage. »

Il y eut un silence, puis le jeune homme reprit :

— « Mais sa mère ?… Qui était sa mère ?… L’a-t-elle perdue jeune ?… »

L’expression troublée de Nicole ne laissa guère de doute à l’écrivain sur l’origine, romanesque mais irrégulière, de Mlle Toquette. Il dit seulement :