— Soit. Mais, quant à son mariage, nous en a-t-elle seulement soufflé mot ?… Ça s’est donc décidé depuis la semaine dernière ?

— Rien n’est décidé, justement.

— Ah ! on nous attend pour cela ? » dit la voix mordante de Raoul. (Il avait une manière éminemment sardonique de prononcer des phrases de ce genre, qui, fussent-elles plus inoffensives encore de signification, les affilait en lames tranchantes.) Il ajouta : « Et quel est l’heureux mortel ?…

— Une de nos anciennes connaissances, » prononça Nicole avec un accent trop simple pour sembler tout à fait naturel. Et, s’efforçant de rire : « Un lâcheur aussi, suivant ton expression. Mais qui s’en excuse. Lis ceci… Tu verras… C’est le fait de la plus élémentaire politesse. »

Hardibert saisit la lettre, en regardant sa femme avec une soudaine attention. Il avait quitté la fenêtre, et vint s’asseoir à son bureau, pour placer le papier sous la lumière de la lampe.

Lentement, il lut, sans que sa figure, d’ailleurs habituellement impénétrable, changeât le moins du monde d’expression. Nicole se tenait assise sur une banquette, devant la cheminée encore close par la saison. Elle sentait son cœur battre à grands coups dans sa poitrine, et pétrissait l’étoffe de sa jupe avec des mains moites et tremblantes.

— « Eh bien, ma chère, que comptes-tu lui répondre, à ce monsieur ? » fit, après un silence qui lui sembla très long, la voix de son mari.

— « Mais, mon ami, c’est toi qui lui répondras.

— Moi ?…

— Certainement. Ne demande-t-il pas ton avis autant que le mien ?