Elle les quitta, dans un envol de sa robe blanche. Nicole sentit qu’elle serait ridicule d’imiter la course juvénile de l’impétueuse fille. Pourtant, elle se troublait doublement, et de ce tête-à-tête, et de l’opinion que Raoul en pourrait avoir, s’il s’en apercevait.

Quelques secondes s’écoulèrent, dans un silence impressionnant. Puis, de la bouche de Sérénis tomba une phrase à ce point inattendue, que toute la sage circonspection de Nicole en fut déconcertée.

— « Je suis un homme bien malheureux !… » dit-il.

— « Vous ?… »

Elle n’évitait plus de le regarder. La pitié servait de voile, cachait la palpitation de joie, le frémissant intérêt, qu’éveillait ce malheur d’où elle ne pouvait être absente.

— « Pourquoi ne m’avez-vous pas répondu vous-même ? » reprit le jeune homme. « Si j’avais reçu un mot de votre main, ce mariage ne se faisait pas. »

La terre oscilla sous les pieds de Nicole.

— « Je ne vous aurais pas répondu autre chose que mon mari, » balbutia-t-elle.

— « C’eût été votre écriture… J’y aurais lu en profondeur… comme dans vos yeux. Vos yeux non plus ne me disent pas autre chose. Et cependant !…

— Qu’osez-vous me donner à entendre ? Je vous interdis de continuer. Vous êtes le fiancé de ma filleule.