— Tant pis pour elle !… » fit Ogier d’un air sombre.
— « Comment ?
— Je ne l’aimais guère jusqu’ici, et maintenant je sens que je vais la haïr. »
Il exagérait sans peine, se laissant emporter par l’émotion vraie du moment, et surtout par la nécessité d’étourdir Nicole, pour qu’elle ne lui échappât pas tout de suite, — comme un fauve étourdit sa proie pour lui paralyser les ailes.
D’ailleurs tous deux étaient hors d’eux-mêmes, perdaient la notion des réalités immédiates.
Nicole, prise d’effroi, fit un mouvement pour s’éloigner.
— « Il faut… il faut… » prononça Ogier, dont l’agitation devenait dangereusement visible, « que j’aie un entretien avec vous. Jadis, vous m’avez traité comme un être sans honneur, avec qui l’on ne peut avoir une explication franche… »
Éperdue, elle secouait la tête.
— « Montrez-moi la confiance que je mérite. Je jure sur votre divine tête de vous obéir en tout. Mais je veux causer avec vous… Promettez-le-moi… Autrement, je fais un esclandre… Je vous en donne ma parole !… Je prends congé immédiatement, et d’une façon que Mlle Mériel pourra juger définitive. »
L’aurait-il fait ?… Peut-être… étant un de ces nerveux dont la volonté s’exalte tout à coup sous une suggestion trop intense, et qui, par faiblesse, accomplissent des actes de folle énergie.