De ces choses qui ne se traduisent pas, qui ne se notent pas, car les paroles y sont trop peu. De ces choses qu’on appelle des aveux, et des reproches tendres, et des souvenirs, et qui ne sont pas cela encore, parce qu’elles prennent ces formes diverses pour exprimer ce qui ne s’exprime pas : le tourment et le désir, le regret et l’espoir, la palpitation des nerfs et l’affolement du cœur, toute l’extase de la tendresse, toute la fièvre de la passion. Elles n’ont leur valeur, ces paroles, que pour ceux qui les échangent, précisément parce qu’elles leur sont inutiles, et que, sans elles, ils se comprendraient.
— « Ah ! Nicole, nous avons perdu six ans… Six belles années de notre jeunesse !… Comme il faudra nous aimer pour regagner le temps perdu !…
— Nous aimer… » dit-elle avec un divin sourire. « Mais nous n’avons fait que cela.
— C’est vrai… C’est vrai… Que vous êtes bonne de le reconnaître !… »
Elle devint grave.
— « Bonne ?… Oh ! non… Comment vais-je nous défendre, l’un et l’autre, contre la vilaine action qu’il ne faut pas commettre ?…
— Quelle vilaine action ?…
— La rupture de vos fiançailles. »
Il dit avec feu :
— « Elles sont rompues déjà, dans ma volonté, dans mon cœur, sinon de fait. Serais-je près de vous s’il en était autrement ?… »