Puis, comme Nicole gardait un silence de détresse, il ajouta :
— « Mais vous-même, mon amie adorée, croyez-vous qu’un devoir quelconque puisse nous séparer encore ? Ce que vous avez fait il y a six ans, aurez-vous le courage de le refaire ? »
Elle prit une voix humble, une voix d’esclave amoureuse :
— « Le courage, non… Et pas même le droit… Puisque je suis venue à vous, ce matin, puisque je vous ai dit : « Je vous aime… je n’ai pas cessé de vous aimer… » Comment reprendrais-je mon rôle si fier d’autrefois ?… Ce ne serait plus qu’une impuissante comédie. Mais je fais appel à vous, mon Georget, à votre conscience, à votre honneur… Je ne suis plus la Nicole infaillible de jadis… Je ne suis qu’une pauvre femme qui vous supplie… »
Tremblante invocation, peu résolue à être exaucée, et qui, dans son abandon passionné, devait suggérer plus de folie que de sagesse. Et c’est ce qui arriva. Car, sans la laisser finir, Ogier prit Nicole entre ses bras et la fit taire avec un baiser. La jeune femme frémit tout entière. L’ardent souvenir d’une étreinte semblable, dans le soir lointain, sous les catalpas de la Martaude, vint aiguiser l’ivresse présente. Les années de résignation disparurent. La force invincible de l’amour renoua les minutes intenses par-dessus la durée abolie. Et les lèvres de Nicole fondirent de délices sous la caresse inoubliée.
— « Oh ! Georget… » murmura-t-elle en se dégageant. « Que faisons-nous ?… Et la pauvre Toquette !… »
Il y a, dans les puériles syllabes où se transforment les noms familiers, des échos mystérieux. Nicole avait une façon de prononcer : « Georget, » qui faisait courir dans les veines du jeune homme un frisson de volupté tendre. Et quand elle dit : « Toquette, » ce fut comme le son d’une petite cloche de cristal, qui mourut très tristement.
— « Toquette ! » s’exclama-t-il sur un tout autre ton. « C’est une fille fantasque et volontaire, qui s’est mis en tête de m’épouser, je ne sais par quel caprice… Un peu comme elle s’était mis en tête d’être la première femme qui jouerait au polo. Aimer ?… Sait-elle seulement ce que c’est ? Elle ne souffrira que dans sa vanité… » (Il se reprit :) « Pas même, parce que, non, elle n’est pas vaniteuse… Mais dans sa fantaisie contrariée… dans le sentiment que sa volonté n’est pas irrésistible. D’ailleurs, » continua-t-il avec vivacité, comprenant que la persuasion s’insinuait en Nicole, « Toquette ne sera pas étonnée. Elle sait que je l’épousais sans enthousiasme. Chaque fois que nous nous séparons, je sens bien qu’elle appréhende vaguement de ma part une retraite définitive. Elle se demande toujours si elle me reverra le lendemain. »
Nicole eut un léger rire.
— « Eh !… quelle confiance vous inspirez !…