Ah ! si seulement elle pouvait se croire indispensable à Georget !… Peut-être s’armerait-elle, ivre et aveugle, jusqu’à la férocité de la conquête. Mais le doute s’infiltrait en elle, perfide, glacial. Si plus tard elle devait surprendre en lui quelque regret !… Plus tard ?… Était-elle bien certaine de n’en pas déjà trouver la trace dans ses tergiversations étranges, révélées par les confidences de Toquette.
— « Ah ! marraine, marraine… Vous n’avez donc rien à me dire ?…
— Mais… je réfléchis… ma pauvre petite. N’est-ce pas préparer un double malheur que de t’aider à ramener un fiancé récalcitrant ?… »
Une amertume fait fléchir les douces lèvres qui prononcent l’ironique parole. C’est la plus extrême cruauté dont elles sont capables.
— « Je l’aime… Je l’aime… » gémit Toquette.
— « Tu l’aimes ?… Enfin !… Connaît-on son propre cœur, à ton âge ?… Cet amour est venu bien vite !… Tu ne sais pas ce que c’est… garder le même sentiment pendant des jours, des mois, des années… Comprendre que ce sentiment est rivé à votre chair et à votre âme, et qu’on n’existe pas en dehors de lui… »
Toquette la sent frémir tout entière.
— « Ah ! oui… marraine… Vous, dès l’enfance, on vous élevait dans l’idée d’épouser monsieur Hardibert… Comme c’est beau !… Appartenir à celui qui eut toutes vos pensées depuis l’éveil de votre cœur, qui fut le héros de vos songes d’enfant… C’est bien ce bonheur-là que je souhaite…
— Comment ?… Tu es arrivée à Paris il y a trois mois, et il y en a deux que tu es fiancée. »
Toquette, toujours blottie contre celle qu’elle embrasse et qu’elle déchire, lève ses yeux d’or fondu, désormais si beaux de langueur et de flamme.