Sur le large Promenoir, qui domine l’Escaut, ils n’aperçurent pas tout de suite Raoul Hardibert. Cependant, aux approches de midi, en ce brillant jour de juin, les flâneurs étaient rares sur les dalles étincelantes. D’un coup d’œil, on les distinguait tous, parmi les miroitements d’eau et de soleil, dans l’éclat du lumineux décor.
Les beaux yeux un peu myopes de Nicole, d’un mauve plus délicat parmi l’ardeur des reflets, scintillaient avec inquiétude entre les lourds cils rapprochés.
— « C’est curieux. Et nous sommes en retard. Lui si exact !
— Monsieur Hardibert est peut-être entré au café, là-bas, pour fuir la chaleur.
— Voulez-vous que j’aille voir, marraine ? »
Sans attendre la réponse, Toquette se trouvait à dix pas, filant vers l’extrémité du Promenoir. Sa marche bondissante de fillette l’emportait avec une liberté souple de jeune animal. Dans la clarté, ses cheveux d’or flambaient.
— « Toquette !… » rappelait Nicole. Et contrariée : « Elle ne va pas entrer dans ce café toute seule, j’imagine. D’ailleurs, certainement, Raoul n’est pas là.
— Je vais vous la ramener, madame. »
Les longues enjambées de Sérénis n’atteignirent Victorine Mériel que sous la tente de toile abritant les petites tables. Elle ne s’y arrêtait pas, entrait bravement dans la salle, dont la fraîcheur relative retenait quelques consommateurs autour des chopes de bière.
— « Mademoiselle Toquette, attendez-moi ! »