— Parbleu !… Elle n’a d’efficacité que dans ce cas-là, » s’écria le maître de la Martaude.
— « Berthe aurait donc raison de dire que nous sommes des fleurs, qui donnons nos parfums et notre beauté suivant la qualité de la sève, indépendamment de la culture immédiate. »
Raoul sourit, amusé de ce pédantisme.
— « Et quel serait donc ton parfum, petit Niclou ?… Car, pour ta beauté, on la voit de reste. »
Elle sourit aussi, mais des larmes lui montèrent aux yeux, et sa voix trembla tandis qu’elle répondait :
— « Le parfum n’est pas seulement dans la fleur, mais dans la sensibilité sympathique de qui la respire. Je n’embaume pas si l’on ne m’aime pas. »
Hardibert eut un ricanement léger :
— « Femme incomprise !…
— Tout est là, » dit Nicole. « Le mot est ridicule peut-être. Mais comme la chose est amère !… »
Une douceur attendrissante émanait d’elle, dont s’impressionna même le scepticisme blasé de son mari. Le parfum montait, avec une suavité sans précédent, de la fleur meurtrie, ouverte jusqu’au fond par des souffles d’orage. Parfum de pitié surtout, comme elle l’avait écrit à Sérénis. L’épreuve était faite. Ce que Nicole devait sentir le plus tragiquement dans la vie, c’était la douleur des autres. Elle n’y pouvait résister. Avec une pareille nature, il faut renoncer à conquérir le bonheur, à le prendre de force là où l’on croit le voir. Se contenter de le saisir lorsqu’il s’offre de lui-même et sans lutte… faible chance ! Celui qui, dans le combat sentimental, redoute de faire couler des larmes, est destiné à la défaite, comme le serait, sur un champ de bataille, le chef qui redouterait de faire couler le sang.