Cependant Hardibert demandait à sa femme :

— « Et alors… Pour combien de temps, cette retraite ?…

— Mais… Quelques semaines.

— Jusqu’au mariage de Sérénis avec ta filleule ?… »

Nicole, confusément, souhaitait d’être devinée. Elle gardait une défiance d’elle-même qui la faisait aspirer à l’irrévocable. C’était encore, mais atténuée, la même loyale imprudence d’il y avait six ans. Tant il est vrai que, sous le fleuve mouvant de notre sensibilité, demeure toujours le fond immuable de notre caractère.

Chez Raoul, les ondes superficielles avaient quelque peu transformé leur rythme. Jugeant de même qu’autrefois, il n’était pourtant pas ému de la même façon. Ayant cessé d’être amoureux de Nicole, — amoureux à sa manière, — il ne conservait que le souci de sa fierté conjugale. Donc il approuverait une démarche qui la sauvegardait. L’intention ironique venait de s’envelopper d’une espèce de bonhomie, extraordinaire chez cet homme, et dans un tel propos ! — lorsqu’il avait demandé :

— « Jusqu’au mariage de Sérénis ?… »

Nicole le regarda, d’un long regard humble, presque reconnaissant, et ne répondit pas.

Aucune explication ne suivit. Tout de suite, Hardibert commença d’envisager les conditions de ce voyage. Il le voulait aussi agréable que possible pour sa jeune femme, s’excusait de ne pouvoir l’accompagner, en ce moment, où sa présence était indispensable à l’usine, se préoccupait d’un séjour moins lugubre que ne serait Bruges en novembre. Pourquoi cette ville de mélancolie ?… et chez des béguines, encore !… Mieux valait, à cette époque, — précisément celle de la chasse, — accepter l’invitation souvent renouvelée de parents qu’ils avaient en Touraine, dans un château qui ne pouvait manquer d’une très joyeuse animation jusqu’à la Saint-Sylvestre.

— « Merci, Raoul, » prononça Nicole d’une voix pénétrée. « Merci… non… je préfère mon premier projet. Mais cela me touche infiniment de te trouver si bon. »