— Puisqu’il faut souffrir d’eux quand on ne les fait pas souffrir.

— Raoul ne me fait pas souffrir, ou du moins pas sérieusement, » prononça Mme Hardibert, sans trop savoir — tant la phrase jaillit spontanée — si c’était l’équité, le remords, la prudence, ou une inconsciente hypocrisie, qui la lui dictait.

— « Raoul ?… Non, » reprit Berthe d’un ton singulier. « Il ne te fait pas souffrir parce que tu ne l’aimes pas d’amour. C’est un autre qui s’en chargera.

— Que veux-tu dire ?… »

Brusquement, Nicole s’arrêtait, toute pâle, cherchant les yeux de sa cousine, ces yeux blonds et ternes, dans lesquels, d’ailleurs, elle ne lut rien. Un massif défleuri de rhododendrons les isolait. La distance éteignait le bruit des voix. Elles pouvaient se croire seules dans la chaleur silencieuse du grand jardin désert.

— « Qui donc ?… Quel autre se chargera de me faire souffrir ?… »

Oh ! l’accent de ces mots, sur ces lèvres qui tremblaient d’amour !… Le frémissement d’appréhension dans ce cœur palpitant !…

— « Voyons, Nicole… »

Le sourire de Berthe disait : « Pourquoi vouloir me donner le change ? »

— « Je t’assure…