— Qu’est-ce que c’est que ce truc ?…

— Tu le demandes !… Ne connais-tu pas le personnage ?… Ce ne sont pas les inventions saugrenues qui lui manqueront jamais. En l’espèce, je crois qu’il s’agit d’une entreprise de publicité. N’est-ce pas un comble ? Dans le pays de la réclame, se figurer qu’il innovera en mieux après tout ce qu’on a fait !…

— C’est drôle que Raoul ne m’ait pas parlé…

— Raoul n’a pas vu l’Américain. Tu sais bien que mon mari reste seul en rapport avec les étrangers tant que ne se conclut aucune transaction importante. »

Il y eut un silence. Les jeunes femmes, contournant une pelouse, revenaient en vue de la véranda. Nul appel aimable ne les pressa de s’en rapprocher. Hardibert et Raybois causaient, soucieux, tout en fumant des cigares. Sérénis, poliment pris en tiers, ne dissimulait qu’à peine son peu d’intérêt aux questions de salaire, de main-d’œuvre, de travailleurs syndiqués ou non syndiqués. Il rêvait, suivant des yeux une robe claire entre les feuillages, la nuque au dossier de son fauteuil de paille, dans un abandon élégant de son grand corps souple.

Nicole, en passant, ne regarda pas de ce côté. Mais Berthe, tout en entraînant sa cousine dans un nouveau circuit, tourna la tête vers les trois hommes.

— « Il y a quelqu’un qui a bien envie de savoir ce que nous disons, » murmura-t-elle.

Nulle question ne la poussant à en risquer davantage, elle ajouta, par une mystérieuse alliance d’idées :

— « Cette petite Toquette, après tout, si elle prend la vie trop gaîment, où sera le mal ? Pas le sou, une naissance irrégulière, rien de ce qu’il faut pour acheter la respectabilité, et de bons atouts pour réussir autrement. De l’esprit, une frimousse drôle, le diable au corps, nulle ombre de sentimentalité… Ce serait dommage qu’elle ne se servît pas de cela pour tourmenter quelques-uns de ces jolis égoïstes qui se prétendent nos maîtres.

— Oh ! Berthe…