Sans l’écouter, les deux cousines se prirent par la taille, et s’enfoncèrent dans une allée, chuchotantes et mystérieuses comme des pensionnaires.

— « C’est de Toquette que je veux te parler, » commença Berthe. « Elle est dans sa pension, n’est-ce pas ? Dis-moi… Te montre-t-elle les lettres qu’elle reçoit de son père ?

— Quelquefois. Mais ce n’est pas moi qui le lui demande.

— Tu as tort.

— Pourquoi ?

— Parce que tu as pris la responsabilité de cette enfant. Et que tu ne devrais pas laisser monsieur Mériel contrecarrer l’éducation que Raoul et toi donnez à sa fille.

— Contrecarrer… Mais comment ?

— Voyons… Tu connais bien la marotte de ce demi-fou. Il se croit toujours à la veille de faire fortune. Je suis sûr qu’il entretient la pauvre petite dans l’idée qu’elle sera riche. Avec les goûts qu’elle a, les gâteries dont tu ne peux te défendre, qu’est-ce que cette fillette deviendra, je te le demande un peu, si elle se croit une héritière ?

— A propos de quoi, ces réflexions ? » questionna Nicole, tout de suite impressionnée.

— « Gaston a eu des renseignements… C’est un voyageur d’une maison américaine, venu pour affaire à la Martaude, qui, par hasard, a nommé Mériel. Notre hurluberlu, paraît-il, a trouvé un truc infaillible — encore… toujours ! — pour gagner des millions. Il le dit à qui veut l’entendre, trouve des gens pour y ajouter foi, même chez ces Yankees pratiques, et, naturellement, doit tourner la tête à sa fille avec ces dangereuses bourdes…