— « Lui, » répéta Berthe, soulignant l’exclamation, non sans malice.
— « Comme tu te trompes !
— Pour le moment, peut-être. Il est jeune, il est amoureux, il est sincère. Il se grise avec ses rimes… et avec tes yeux…
— Oh !…
— Mais nous verrons dans quelques années.
— Comment mesurerais-tu l’idéal que contient une âme, Berthe ? N’es-tu pas, de ton propre aveu, la femme la plus terre à terre…
— Petite Nicole, ne me dis pas des choses désagréables. Ce n’est pas nécessaire pour que je sois fixée sur tes sentiments. J’ai quelques années de plus que toi, et — après mes enfants et mon chenapan de mari — tu es la seule créature que j’aime au monde. Voilà pourquoi je t’ai dit ce que j’avais dans le cœur. Si je n’ai pas réussi à te convaincre, c’est que tu es plus pincée que je ne l’imaginais. Alors, pardonne-moi, et sois heureuse comme tu l’entendras. Ce n’est pas moi qui t’en blâmerai, je te le répète…
— Ah ! » s’écria Nicole, « ne va pas croire… »
Elle s’interrompit, étranglée d’émoi. Au détour d’une allée, la grande silhouette de Sérénis se dressait devant elles.
— « Je ne sais comment m’excuser d’être si indiscret, mesdames, » dit-il, avec son sourire de gravité nonchalante, « mais monsieur Hardibert m’envoie vous donner une bonne nouvelle. Toute velléité de grève est éteinte. Les ouvriers acceptent les propositions offertes. Les boudeurs même reprendront le travail demain.