Elle secoua la tête, rose jusqu’au sourire oblique de ses yeux fins.

— « Alors ce n’est pas vous qui poussez à la guerre contre ce méchant patron ?…

— Oh ! non, monsieur !… »

La chaleur spontanée de ce cri gêna un peu Nicole, comme l’insistance du regard de Raoul, sous lequel palpitait visiblement la jeune ouvrière.

— « C’est bien, Fanny, » dit-elle. « Tu peux aller maintenant.

— Fanny ?… » répéta Hardibert. Et ce fut comme un appel, qui cloua la jeune fille sur place au moment d’obéir. « Un joli nom. Eh bien, Fanny, si jamais le papa Coursol fait encore des siennes et me donne la tentation de le flanquer dehors, venez me trouver. Je serai bien capable de lui pardonner alors un coup de tête. Mais tâchez plutôt qu’il ne recommence plus.

— Si cela ne tenait qu’à moi !… » murmura-t-elle, avec un accent où l’on devinait une nature passive, une féminité primordiale, acceptant sans discussion le joug masculin, qu’il vînt du père ou du maître.

Puis, ayant salué, elle se retira, sensible à ce que ne remarquait pas le directeur, qu’il y avait offense pour Mme Hardibert à continuer le dialogue après que celle-ci l’avait congédiée.

Raoul n’y prenait pas garde, compliquant de distraction l’exercice d’une volonté déjà suffisamment impérieuse, et qui, de la sorte, devenait agressive. Et il acheva de froisser Nicole, à une profondeur jamais atteinte en cette âme aujourd’hui si frémissante, lorsqu’il observa, suivant des yeux la svelte silhouette de la petite Coursol :

— « Voyez-vous, Sérénis, une fillette bien simple, bien ignorante, qui voit en vous un être incompréhensible et supérieur, qui n’ergote pas, ne vous discute pas, ça, c’est l’idéal. Les femmes plus perfectionnées sont délicieuses, mais on perd trop tôt son prestige avec elles. Et le prestige, il n’y a que ça en amour. Dès qu’une femme cesse de vous considérer comme l’être le plus parfait de la création, vous êtes bien près de perdre son cœur.